Plus de 2/3 des parents aux Etats-Unis disent que les garçons ne se sentent pas à l'aise de partager leur peur ou leur solitude

Nouvelles du terrain
28/05/2020
Plus de 2/3 des parents aux Etats-Unis disent que les garçons ne se sentent pas à l'aise de partager leur peur ou leur solitude
Staying At Home with our Sons

Le rapport d'une enquête nationale sur les parents de garçons âgés de 4 à 14 ans aux États-Unis, réalisée par Promundo et la Fondation Kering - sur la base de recherches menées par PerryUndem - est publié aujourd'hui.

Alors que 56 % des parents (de garçons de 4 à 14 ans) déclarent qu'il est "très important" pour eux que leurs fils aient une force émotionnelle, ils avouent aussi que les garçons ne sont pas à l'aise pour partager tous leurs sentiments, constate un rapport lancé aujourd'hui par Promundo et la Fondation Kering.

Ce rapport, intitulé "Rester à la maison avec nos fils : Favoriser une masculinité saine dans les moments difficiles", révèle qu'environ 2/3 des parents sont d'accord pour dire que les garçons se sentent à l'aise d'exprimer leur colère, mais qu'ils sont mal à l'aise de le faire lorsqu'ils ont peur, sont tristes, se sentent seuls ou ne sont pas sûrs d'eux. Près de la moitié des parents mentionnent que les garçons ne se sentent pas à l'aise pour parler d'amour.

Le rapport, qui dénonce les pressions sociales exercées sur les garçons qui les pousse à diriger, formule des recommandations sur la manière de les aider à se libérer de ces stéréotypes masculins, dans le but de contribuer à la réalisation de l'égalité des sexes et à la prévention des violences. Ces données proviennent d'une enquête représentative au niveau national, menée auprès des parents de garçons âgés de 4 à 14 ans aux États-Unis, et complétée par des entretiens approfondis avec 16 garçons âgés de 8 à 16 ans en Californie ainsi qu’en Pennsylvanie, menés par PerryUndem.

La majorité des parents (de garçons âgés de 4 à 14 ans) aux États-Unis - environ 60 % - reconnaissent les pressions sociales auxquelles les garçons sont soumis pour être physiquement forts, s'intéresser aux sports et "rentrer dans le moule". En outre, 41 % des parents ont déclaré que les garçons subissent des pressions pour avoir une petite amie ou pour aimer les filles (en d'autres termes, être hétérosexuels) ; et 45 % ont déclaré que les garçons subissent des pressions pour ne pas pleurer.

"Si vous montrez vos sentiments, cela vous fait paraître faible et vulnérable. Les gens prendront cette vulnérabilité et l'utiliseront contre vous". - Garçon de 15 ans interrogé

Ces pressions semblent devenir plus intenses à mesure que les garçons grandissent : au cours des entretiens, les garçons eux-mêmes rapportent que lorsqu'ils ont atteint le début de l'adolescence, vers 10-12 ans, ils ont ressenti plus de pression qu'auparavant pour s'adapter aux stéréotypes masculins. Cette trajectoire peut continuer à s'accentuer avec l'âge : dans chaque tranche d’âge, les parents interrogés avec des fils plus âgés (12-14 ans) ont déclaré que leurs garçons subissent plus de pression pour s'adapter à un idéal masculin que les parents de garçons âgés de 4-11 ans. Certains parents peuvent consciemment ou inconsciemment renforcer ces stéréotypes masculins : 25 % des parents interrogés conviennent qu'il est très important que leurs fils "agissent comme un garçon" (et non comme une fille), 19 % pensent qu'il est très important que leurs fils soient hétérosexuels.

Ce n'est pas surprenant : si l'on prend en compte les recherches de Promundo, au moins 72 % des jeunes hommes (18-30 ans) aux États-Unis affirment qu'on leur a dit, à un moment de leur vie, qu’ « un 'vrai' homme se comporte d'une certaine manière », et que cette manière implique souvent d'être hétérosexuel, dur et de prendre des risques. Cela peut avoir des conséquences négatives : les jeunes hommes qui ont des opinions plus stéréotypées sur la virilité sont plus malheureux, plus déprimés et plus anxieux, plus susceptibles d'avoir envisagé le suicide, de boire avec excès, d’harceler, d'intimider et de recourir à la violence, que les jeunes hommes qui ont une vision moins restrictive de la virilité.

Cependant, les préférences pour l'honnêteté, le respect et la santé émotionnelle de leurs fils montrent que, malgré la persistance d'idées néfastes sur la masculinité, de nombreux parents s'efforcent d'aider leurs fils à se libérer des stéréotypes : 61 % des parents ont inscrit « être honnête » sur leur liste de cinq traits de caractère qu'ils estiment les plus importants à apprendre à leurs fils, tandis que 56 % ont choisi "le respect des autres" et 53 % "être responsable". Seuls 7 % des parents sont d'accord pour dire que la force physique doit figurer en tête de la liste.

Étant donné que de nombreux parents passent plus de temps avec leurs enfants, en raison de la propagation de COVID-19, il est difficile mais possible de continuer à aider les garçons à se libérer des stéréotypes et à partager leurs sentiments de manière constructive tout en les faisant se sentir en sécurité.

"La propagation de COVID-19 a fait que beaucoup d'entre nous ne passent pas seulement plus de temps à la maison avec leurs enfants, mais nous nous inquiétons également de l'impact de la crise sur leur bien-être ainsi que sur le nôtre", déclare Gary Barker, Président et Directeur Général de Promundo, "Pendant cette période, en tant qu'adultes, nous avons l'occasion de montrer l'exemple sur la manière d'exprimer nos craintes et nos préoccupations, et sur la manière de donner et de recevoir du réconfort et du soutien. Nous espérons que ces conseils aideront les parents à encourager leurs enfants, en particulier leurs fils, à exprimer et à gérer des sentiments pendant cette période difficile et longtemps après".

Le rapport recommande des mesures que les parents peuvent prendre, notamment : parler ouvertement aux enfants de leurs propres peurs, incertitudes et déceptions, d'une manière adaptée à leur âge ; Profiter du temps passé à la maison pour parler de manière constructive avec les garçons ; Reconnaître les difficultés particulières que les garçons ressentent du fait d'être vulnérables, et le courage qu'il faut pour qu'ils s’ouvrent ; Renforcer le fait qu'il est normal d'avoir besoin d'aide et de la demander ; Chercher de l'aide pour soi-même afin de prendre soin de sa santé mentale et physique ; Se rappeler que l'on n'est pas seul.

"Perpétués génération après génération, les stéréotypes genrés sur ce que c'est que d'être un "vrai homme" - ne tolérant pas l'expression d'émotions - ont un impact direct sur les violences faites aux femmes dans le monde entier. Pour paraphraser Simone de Beauvoir, "on ne naît pas homme, mais on le devient". Le rôle des parents, ainsi que l'école, le sport et la télévision, sont tous essentiels pour construire un nouveau concept de masculinité, basé sur l'égalité des sexes", déclare Céline Bonnaire, déléguée générale de la Fondation Kering.

Ce rapport est le premier d'une série de nouvelles recherches et ressources de la Global Boyhood Initiative, un projet de Promundo et de la Fondation Kering.